À la fin de 1941, la Résistance dans certains pays occupés - la France entre autres - commence à poser un sérieux problème aux dirigeants du IIIè Reich. Avec le Maréchal Keitel, Hitler décide de terroriser la résistance. L’un des éléments de leur riposte est le programme Nuit et Brouillard - Nacht und Nebel , qui vise à organiser un silence de plomb autour de la disparition des déportés résistants.
La circulaire du 7 décembre 1941 contre "les ennemis du Reich", est rédigée par le maréchal Keitel sur ordre de Hitler lui-même :
« Un effet de frayeur efficace et durable ne peut être atteint que par la peine de mort ou par des mesures propres à laisser les proches et les populations dans l’incertitude sur le sort des coupables. »
Au début de 1942, le décret NN précise :
« A. Les prisonniers disparaîtront sans laisser de trace.
B. Aucune information ne sera donnée dans les territoires occupés sur leur lieu de détention ou sur leur sort. »
L’expression Nacht und Nebel (NN) ne désigne donc pas seulement les camps de la mort : le projet vise d’abord à terroriser la résistance dans les pays occupés. Mais cette expression est restée associée à jamais, dans notre mémoire collective, au film d’Alain Resnais, sorti en 1956, à la chanson de Jean Ferrat (1963), et aux camps de la mort nazis. Sous le choc, nous avons découvert ce que nous n’appelions pas encore la Shoah.
Fin janvier 42, à la conférence de Wannsee, est décidée "la solution finale". Le génocide change d’échelle : il ne s’agit plus seulement des exclusions sociales, des expulsions, des spoliations, de la déshumanisation des Juifs, des assassinats ciblés, des camps d’internement : les nazis passent à l’extermination à grande échelle avec les convois vers les camps de la mort.
D’où le nouveau sens de Nuit et Brouillard, celui que nous connaissons aujourd’hui :
Nacht und Nebel, c’est le programme qui vise à camoufler le crime avant même de le commettre. Le négationnisme de la Shoah n’a pas été inventé après coup : les dirigeants nazis avaient prévu et organisé le déni dès l’origine.
On restait des années sans nouvelles d’une personne disparue. Ce n’est qu’après la guerre, ou parfois pas du tout, qu’on apprenait la fin d’une personne classée NN (Nacht und Nebel).
D’ailleurs, on n’a su que bien après que ce nom de code, Nacht und Nebel, c’était cette consigne d’omerta des SS, qui visait à répondre à la recrudescence des attentats anti-allemands.
Alors pourquoi associer l’action en France de policiers résistants à l’expression Nuit et Brouillard, liée dans la mémoire aux camps de la mort ?
Parce que de nombreux policiers français ont été classés NN (Nacht und Nebel). Dans le livre Nuit et Brouillard aux bords de la Garonne, l’auteur en fait revivre plusieurs. Ceux que cite Luc Rudolph, dans 5000 policiers en Résistance, sont encore plus nombreux. 740 policiers furent déportés, soit 1 pour 118 (c’est deux fois plus que pour l’ensemble de la population française) ; plus de 900 sont morts dans la Résistance.
Certains policiers ont saboté des milliers d’enquêtes visant des francs-maçons, des Juifs, des résistants, prévenant les réseaux des mesures préparées contre eux. Beaucoup l’ont payé de leur vie, devenant eux-mêmes Nuit et Brouillard, disparus dans la nuit des camps.
Pourquoi les policiers ont-ils payé ce lourd tribut ? Parce que, placés au contact immédiat des SS, ils étaient sommés de choisir leur camp. Ils étaient contraints bien sûr au double-jeu et à la clandestinité : les risques étaient encore plus importants pour eux, au cœur de l’appareil répressif de Vichy, que pour la Résistance dans son ensemble.
Leur place au cœur de l’appareil répressif était si précieuse pour les réseaux de résistance que ceux-ci leur interdisaient de quitter la police pour se mettre à l’abri, et qu’ils l’ont souvent payé de leur vie.
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Policiers Nuit et Brouillard
Une page méconnue de l’histoire de la résistance